Chocolat : comprendre l’envolée actuelle des prix
- Nadine CHENNAFI

- 2 déc. 2025
- 4 min de lecture

Le chocolat vit une période exceptionnelle. Depuis plusieurs mois, son prix augmente dans de nombreux pays, et cette progression n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’un ensemble de facteurs qui fragilisent la production de cacao, réduisent les réserves mondiales et entretiennent une demande stable. L’actualité économique confirme que cette montée s’inscrit dans un contexte plus large où les marchés agricoles réagissent à la moindre variation dans les pays producteurs.
Une production fragilisée par plusieurs saisons difficiles
Le cacao provient majoritairement de deux pays : la Côte d’Ivoire et le Ghana. Depuis plusieurs campagnes, ces deux acteurs essentiels rencontrent des difficultés qui limitent leurs volumes. Les plantations sont souvent anciennes, avec des arbres dont la productivité baisse d’année en année. Cette usure rend la filière plus vulnérable : les arbres vieillissants réagissent davantage aux aléas météo et aux maladies, ce qui crée des variations importantes entre les saisons.
À cela s’ajoutent des maladies qui touchent certains vergers, comme le swollen shoot. Lorsqu’un arbre est infecté, il doit être coupé et remplacé. Cette opération retire plusieurs années de production sur les zones concernées, car un jeune cacaoyer ne donne pas immédiatement des fèves. Les agriculteurs se retrouvent donc face à des surfaces entières en attente de régénération.
Les conditions météo compliquent encore la situation. Des périodes de pluie trop longues, suivies par des phases de chaleur inattendue, perturbent la floraison et la formation des cabosses. La fréquence de ces variations réduit les volumes récoltés. Lorsqu’un pays producteur annonce une baisse de sa récolte, l’effet se répercute rapidement sur le prix du cacao, car l’offre mondiale repose sur un équilibre fragile.
Des stocks mondiaux insuffisants pour absorber les chocs
Dans un marché idéal, les stocks servent de tampon : ils compensent les années faibles et stabilisent les prix. Mais depuis plusieurs campagnes, les réserves n’ont pas pu être reconstituées. Les récoltes limitées sont souvent absorbées immédiatement par la demande, ce qui empêche les organismes de stockage de regarnir leurs volumes. Cette absence de marge de sécurité augmente la vulnérabilité du marché.
Quand les stocks sont bas, chaque signal provenant des pays producteurs provoque un mouvement immédiat sur les prix. Une annonce de retard dans la récolte, un rapport sur la météo ou un simple doute sur le potentiel productif de la prochaine saison suffit à renforcer les tensions. Le marché du cacao devient alors plus réactif, car les acteurs n’ont aucune réserve sur laquelle s’appuyer.
Une demande mondiale qui ne faiblit pas
Pendant que l’offre se fragilise, la demande, elle, reste solide. Le chocolat fait partie des achats réguliers dans de nombreuses régions du monde. En Europe, en Amérique du Nord et dans une partie de l’Asie, il occupe une place stable dans l’alimentation. Sa présence dépasse la simple tablette : biscuits, boissons, glaces, pâtisseries, produits festifs. Même lorsque les prix augmentent, la consommation ne recule pas de manière significative.
La demande professionnelle maintient également une pression continue. L’industrie utilise du cacao dans plusieurs formats, ce qui assure un volume constant d’achats. Les gammes plus haut niveau, les produits spécialisés ou les chocolats à forte teneur gagnent en visibilité, ce qui renforce la dynamique globale. Dans ce contexte, une demande stable associée à une offre fragile crée une tension durable.
Des marchés financiers extrêmement sensibles aux nouvelles
Le cacao est coté sur les grandes places financières. Les cours réagissent rapidement aux annonces publiées par les organismes agricoles, les gouvernements locaux ou les acteurs de la filière. La météo, les prévisions de récolte, les retards logistiques ou les décisions politiques suffisent à faire bouger les prix.
Les marchés ont anticipé plusieurs saisons difficiles. Les acteurs redoutent que les volumes disponibles ne suffisent pas à couvrir la demande mondiale, ce qui renforce la progression des prix. Le cacao a ainsi atteint des niveaux rarement observés. Dans un marché aussi concentré, chaque variation prend de l’ampleur, car les marges de manœuvre sont limitées.
Une évolution des prix qui traduit un déséquilibre durable

Sur les cinq dernières années, les prix montrent une trajectoire claire : une longue période stable, suivie d’une progression rapide dès 2023, puis d’une baisse partielle en 2025. Malgré ce recul récent, les prix restent largement supérieurs à ceux observés auparavant. Le marché n’a pas retrouvé son équilibre, car les fondamentaux : offre faible, stocks bas, demande stable n’ont pas changé.
Cette évolution laisse peu de visibilité aux fabricants, qui doivent ajuster leur stratégie d’achat. Certains revoient leurs recettes, d’autres modifient les formats ou réévaluent leur gamme. Le consommateur voit ces ajustements dans les rayons, avec des portions qui changent ou des tarifs actualisés.
Une situation qui peut se prolonger
La filière cacao doit faire face à plusieurs défis en même temps : régénération des plantations, vulnérabilité face aux maladies, conditions météo instables et dépendance à quelques pays producteurs. Tant que ces éléments ne sont pas résolus, les prix resteront sensibles. Le marché peut connaître des périodes plus calmes, mais la tension globale demeure, prête à revenir au moindre signal défavorable.
Sources :
International Cocoa Organization (ICCO)
Trading Economics
Bloomberg Agriculture
Food Navigator
Cocoa Barometer
JP Morgan Research
BFM Business / BFM Bourse — Analyse de la montée du prix du cacao
Pour aller plus loin
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