PIIEC Intelligence Artificielle 2026 : un financement stratégique pour accélérer les projets industriels européens
- Nadine CHENNAFI

- il y a 2 jours
- 9 min de lecture

Le développement de l'intelligence artificielle est devenu un enjeu majeur de souveraineté économique, industrielle et technologique. Pour permettre à l'Europe de rivaliser avec les États-Unis et la Chine, la France lance, dans le cadre de France 2030, un nouvel appel à projets consacré au Projet Important d'Intérêt Européen Commun sur l'Intelligence Artificielle (PIIEC IA). Ce dispositif exceptionnel soutient les projets industriels les plus ambitieux afin d'accélérer leur développement, leur industrialisation et leur déploiement à l'échelle européenne. Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 9 septembre 2026.
Pourquoi un PIIEC consacré à l'intelligence artificielle ?
L'intelligence artificielle transforme déjà l'ensemble des secteurs économiques. Industrie, santé, énergie, mobilité, aéronautique, télécommunications ou encore logistique : les applications se multiplient et deviennent un levier majeur de compétitivité.
Face à cette accélération mondiale, l'Union européenne souhaite renforcer sa souveraineté technologique en développant ses propres solutions d'intelligence artificielle. Le PIIEC IA répond précisément à cet objectif.
Contrairement aux appels à projets classiques, il ne s'agit pas uniquement de financer des travaux de recherche. L'ambition est beaucoup plus large : soutenir des projets capables d'être industrialisés, diffusés à grande échelle et de structurer une véritable chaîne de valeur européenne autour de l'intelligence artificielle. Le dispositif vise ainsi à intégrer l'IA dans l'appareil productif européen afin de créer une offre technologique compétitive et souveraine.
France 2030 : une stratégie globale pour transformer l'économie française
Le PIIEC Intelligence Artificielle s'inscrit dans le cadre du plan France 2030, lancé par l'État afin d'investir massivement dans les technologies qui façonneront l'économie de demain.
Annoncé en octobre 2021, ce programme poursuit trois grands défis : mieux produire, mieux vivre et mieux comprendre. Il accompagne les projets depuis la recherche jusqu'au premier déploiement industriel (TRL 1 à 9) et prévoit que 50 % des investissements soient consacrés à la transition écologique tandis que 50 % bénéficieront aux acteurs émergents et innovants.
Pour atteindre cette ambition, France 2030 s'appuie sur dix objectifs stratégiques.
L'État souhaite faire émerger une nouvelle génération de réacteurs nucléaires innovants afin de renforcer la souveraineté énergétique du pays. Il ambitionne également de faire de la France le leader de l'hydrogène décarboné, technologie essentielle pour réussir la transition énergétique.
Le plan prévoit également d'accélérer la décarbonation de l'industrie, afin de produire davantage tout en réduisant l'empreinte environnementale des activités industrielles. Dans le domaine des transports, l'objectif est de produire deux millions de véhicules zéro émission et de développer une mobilité plus durable, tout en permettant à la France de concevoir le premier avion bas carbone.
France 2030 entend également soutenir une alimentation plus saine, durable et traçable, renforcer la souveraineté sanitaire en faisant de la France la première nation européenne innovante dans le domaine de la santé, développer les industries culturelles et créatives, participer activement à la nouvelle aventure spatiale et approfondir les connaissances sur les grands fonds marins, considérés comme un enjeu stratégique pour les décennies à venir.
Pour atteindre ces objectifs, le plan s'appuie sur six grands leviers : sécuriser l'accès aux matières premières et aux composants stratégiques, développer les compétences grâce aux formations de demain, maîtriser les technologies numériques souveraines, renforcer les écosystèmes d'enseignement supérieur et de recherche, tout en soutenant l'émergence et la croissance des entreprises innovantes.
Dans cette stratégie, l'intelligence artificielle occupe une place centrale. Elle constitue une technologie transversale capable d'accélérer les innovations dans l'ensemble des secteurs soutenus par France 2030.
Les objectifs du PIIEC Intelligence Artificielle
Le PIIEC IA ne vise pas simplement à financer quelques entreprises innovantes. Son ambition est de créer un véritable écosystème européen autour de l'intelligence artificielle industrielle.
Le premier objectif consiste à intégrer l'intelligence artificielle dans l'appareil productif européen afin d'améliorer durablement la compétitivité des entreprises. L'IA est aujourd'hui identifiée comme un puissant levier de productivité, capable d'optimiser les procédés industriels, les infrastructures et les services.
Le deuxième objectif est de développer une offre européenne d'intelligence artificielle répondant aux besoins des industriels tout en réduisant la dépendance aux technologies extra-européennes.
Le dispositif cherche également à favoriser les collaborations entre entreprises spécialisées dans l'IA, industriels et organismes de recherche. Ces coopérations permettront de rapprocher deux univers qui innovent souvent de manière séparée et d'accélérer le transfert des innovations vers le marché.
Autre ambition importante : structurer une chaîne de valeur européenne. Chaque projet individuel devra contribuer à une dynamique collective bénéficiant à l'ensemble de la filière et générer des retombées qui dépasseront largement le cadre des partenaires impliqués.
Enfin, le PIIEC accompagne les projets sur un continuum allant de la recherche et développement jusqu'au premier déploiement industriel, permettant ainsi d'accélérer la commercialisation des innovations.
Les technologies prioritaires
Les projets attendus devront s'inscrire dans les axes technologiques identifiés comme prioritaires par France 2030.
Le dispositif cible notamment les modèles de fondation ouverts, les infrastructures Cloud pour l'IA, les solutions améliorant l'efficacité énergétique, les plateformes exploitant des données industrielles de haute qualité, les offres AI as a Service, les solutions Open Source, les cas d'usage sectoriels ainsi que les applications de l'intelligence artificielle aux réseaux de télécommunications.
Ces technologies sont considérées comme essentielles pour bâtir une industrie européenne performante et souveraine.
Qui peut candidater ?
Le PIIEC Intelligence Artificielle s'adresse principalement aux entreprises développant des technologies innovantes en intelligence artificielle ainsi qu'aux organismes publics de recherche.
Deux statuts sont prévus.
Les participants directs portent les projets majeurs du PIIEC européen. Leur programme doit représenter au minimum 100 millions d'euros de dépenses.
Les partenaires associés, qu'il s'agisse d'entreprises ou d'organismes publics de recherche, développent leur propre projet tout en participant au programme collaboratif européen. Les entreprises doivent présenter une assiette minimale de 10 millions d'euros, tandis que les organismes publics doivent atteindre 4 millions d'euros de dépenses.
Une coopération européenne obligatoire
Le PIIEC IA repose sur un principe fondamental : aucun projet ne peut être porté de manière isolée.
Chaque candidature devra démontrer une collaboration transfrontalière effective. Les participants directs devront collaborer avec au moins un autre participant direct étranger. Les partenaires associés devront quant à eux collaborer avec au moins un participant direct. Cette coopération devra être démontrée dès le dépôt du dossier au moyen de documents signés attestant de l'intention de collaborer, avant la transmission de lettres d'intention complémentaires au cours de l'instruction.
Cette approche garantit que les innovations développées bénéficieront à l'ensemble de l'industrie européenne.
Quels sont les projets recherchés ?
Les pouvoirs publics recherchent des projets présentant une véritable ambition industrielle.
Les innovations devront contribuer à intégrer l'intelligence artificielle dans les activités industrielles afin de générer des gains de productivité significatifs. Elles devront également favoriser le développement de technologies de pointe capables de répondre aux besoins des entreprises européennes.
Les projets devront démontrer un potentiel de diffusion important, des retombées économiques majeures et une capacité à renforcer la compétitivité industrielle de la France et de l'Union européenne.
Les travaux devront être réalisés en France et ne pas avoir commencé avant le dépôt complet du dossier. Les entreprises devront également être immatriculées au Registre du commerce et des sociétés (RCS) au moment du dépôt de leur candidature.
Un dossier de candidature particulièrement exigeant
Compte tenu des montants mobilisés, la préparation du dossier demande une organisation rigoureuse.
Les candidats devront fournir une présentation détaillée du projet, permettant d'expliquer les objectifs, les innovations développées, les résultats attendus, les retombées industrielles ainsi que le calendrier de réalisation.
Ils devront également remettre un Project Portfolio préliminaire, qui présente l'ensemble des activités du projet et leur articulation, ainsi qu'un Funding Gap Questionnaire. Ce document permet de démontrer le besoin réel de financement public et existe en deux versions, selon que le candidat est participant direct ou partenaire associé.
Le dossier devra également comprendre une attestation de collaboration effective, un modèle de lettre d'intention (LoI) signé par les partenaires concernés, une architecture technique (DAT) détaillant les solutions technologiques mises en œuvre, une fiche officielle de demande d'aide ainsi qu'une grille d'évaluation des impacts socio-économiques et environnementaux permettant d'apprécier les bénéfices attendus pour l'économie, l'emploi, l'environnement et la compétitivité européenne. Enfin, plusieurs documents administratifs devront être joints conformément à l'annexe du cahier des charges.
Les candidatures devront être déposées exclusivement sur la plateforme PICXEL. Les autorités précisent que les dossiers incomplets ou ne respectant pas les modèles fournis ne pourront pas être instruits. Certains formulaires devant être directement complétés sur la plateforme, il est vivement recommandé d'anticiper leur préparation afin d'éviter toute difficulté avant la clôture de l'appel à projets.
Comment les projets seront-ils sélectionnés ?
Les projets feront l'objet d'une évaluation approfondie.
Les experts examineront l'ambition du projet, son caractère innovant, son apport par rapport à l'état de l'art, sa contribution aux objectifs de France 2030, sa robustesse financière ainsi que la qualité du partenariat mis en place.
La cybersécurité, les retombées économiques, les impacts environnementaux et la capacité du projet à renforcer la compétitivité industrielle feront également partie des critères d'évaluation. Les projets favorisant les logiciels libres, les espaces de données industrielles, les nouveaux modèles de partage de la valeur ou encore l'utilisation d'infrastructures publiques de calcul bénéficieront d'une valorisation supplémentaire.
Le calendrier
Les entreprises ont jusqu'au 9 septembre 2026 pour déposer leur dossier.
Après une première phase d'analyse de l'éligibilité, les projets présélectionnés seront auditionnés avant une phase d'instruction menée par l'État, la Commission européenne et Bpifrance selon le statut du candidat. Le processus complet, jusqu'à la décision de financement, peut s'étendre sur plusieurs mois.
CNBC FRANCE vous accompagne dans votre candidature
Le montage d'un dossier PIIEC IA nécessite des compétences techniques, financières et stratégiques. Définition du projet, recherche de partenaires européens, élaboration du business plan, structuration du plan de financement, rédaction du dossier de candidature et valorisation des impacts socio-économiques sont autant d'étapes déterminantes.
CNBC FRANCE accompagne les entreprises innovantes, les industriels et les organismes de recherche dans la préparation de leurs dossiers de financement France 2030 afin de maximiser leurs chances de succès auprès de Bpifrance et des autorités européennes.
Pour aller plus Loin : Replay webinaire BPI FRANCE
Fichier à télécharger :
FAQ – PIIEC Intelligence Artificielle (France 2030)
Qu'est-ce que le PIIEC Intelligence Artificielle ?
Le PIIEC Intelligence Artificielle (Projet Important d'Intérêt Européen Commun) est un appel à projets lancé dans le cadre de France 2030 afin de soutenir les projets d'intelligence artificielle les plus ambitieux. Son objectif est de développer une offre européenne d'IA, de renforcer la souveraineté technologique et d'accélérer l'industrialisation des innovations.
Quels sont les objectifs du PIIEC IA ?
Le dispositif poursuit plusieurs objectifs majeurs :
intégrer l'intelligence artificielle dans l'industrie européenne ;
développer des technologies européennes innovantes ;
favoriser les collaborations entre entreprises, industriels et laboratoires ;
accélérer le passage de la recherche à l'industrialisation ;
renforcer la compétitivité et la souveraineté technologique de l'Union européenne.
Qui peut déposer un dossier ?
Le dispositif est ouvert :
aux entreprises innovantes ;
aux industriels ;
aux organismes publics de recherche ;
aux laboratoires de recherche.
Les candidats doivent respecter les seuils financiers prévus selon leur statut et être immatriculés au Registre du commerce et des sociétés (RCS) au moment du dépôt.
Quel est le montant minimum d'un projet ?
Le montant dépend du statut du candidat :
100 millions d'euros minimum pour un participant direct ;
10 millions d'euros minimum pour une entreprise partenaire associée ;
4 millions d'euros minimum pour un organisme public de recherche partenaire associé.
Une PME peut-elle candidater ?
Oui, à condition de répondre aux critères d'éligibilité et de présenter un projet répondant aux seuils financiers prévus par l'appel à projets. Les PME peuvent notamment participer en qualité de partenaire associé au sein d'un consortium européen.
Une collaboration européenne est-elle obligatoire ?
Oui. Le PIIEC IA impose une coopération transfrontalière.
Chaque projet doit démontrer une collaboration avec des partenaires européens et fournir des documents attestant de cette coopération dès le dépôt du dossier.
Quels projets sont recherchés ?
Les projets doivent permettre de développer ou d'intégrer des technologies d'intelligence artificielle dans l'industrie européenne.
Ils peuvent notamment concerner :
les modèles de fondation ouverts ;
le Cloud pour l'IA ;
l'efficacité énergétique ;
les données industrielles ;
l'IA as a Service ;
l'Open Source ;
les applications sectorielles ;
l'IA appliquée aux réseaux télécoms.
Les travaux peuvent-ils avoir commencé avant le dépôt ?
Non.
Les travaux liés au projet ne doivent pas avoir débuté avant le dépôt complet de la candidature. Les activités financées devront également être réalisées en France.
Quels documents faut-il fournir ?
Le dossier comprend notamment :
une présentation détaillée du projet ;
un Project Portfolio ;
un Funding Gap Questionnaire ;
une attestation de collaboration ;
une lettre d'intention (LoI) ;
une architecture technique (DAT) ;
une fiche de demande d'aide ;
une grille d'impacts socio-économiques et environnementaux ;
les pièces administratives demandées.
Comment les projets sont-ils évalués ?
Les projets sont évalués selon plusieurs critères :
leur caractère innovant ;
leur ambition industrielle ;
leur contribution aux objectifs de France 2030 ;
leur robustesse financière ;
la qualité du partenariat européen ;
leurs impacts économiques, environnementaux et technologiques.
Jusqu'à quand peut-on candidater ?
La date limite de dépôt des candidatures est fixée au 9 septembre 2026.
Qui peut accompagner le montage du dossier ?
Compte tenu du niveau d'exigence du dispositif, il est recommandé de se faire accompagner pour structurer le projet, constituer le consortium européen, élaborer le business plan, préparer le plan de financement et rédiger le dossier de candidature.
CNBC FRANCE accompagne les entreprises innovantes dans le montage de leurs dossiers de financement France 2030.
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